Nous vivons une époque cynique et les choses en sont simplifiées pour ce qui est des prisons. Le temps est passé où l’on imaginait qu’à l’intérieur des murs, le condamné allait « devenir meilleur ». Plus personne n’ose tenir ce discours, et même les professeurs en institution pénitentiaire les plus niais et les journalistes qui s’en font l’écho reconnaissent que si la culture inculquée à quelques très ares détenus leur donne les moyens de mieux exprimer leurs désirs, elle n’en serait que plus profitable, dispensée aux même exceptions, en dehors de la prison.

Aujourd’hui, on dit à voix bien haute que les oubliettes sont des oubliettes, les cages des cages et qu’on a rien à faire de ceux qu’on enferme, l’essentiel étant non de leur faire du bien mais de bannir à l’intérieur des frontières des délinquants. On supprime purement et simplement. C’est pourquoi les courtes peines apparaissent comme ineptes, totalement vides de sens.

Au contraire, les longues peines correspondent parfaitement  àla volonté collective de meurtre. Si la peine de mort a disparu dans quelque pays, c’est qu’elle était trop exceptionnelle. Ce n’est pas la mort qui semblait indécente mais tout les chichis qu’on faisait autour d’elle. […]

Ainsi la prison est la mort idéale puisqu’elle élimine en masse ceux que, par la mort physique la société ne pourrait tuer qu’en très petit nombre. Économie d’émotion.

[…]

Ce n’est pas le lieu ici d’analyser comment on en est arrivé à cette aberration, mais le fait est que la prison loupe d’un cheveu sa vocation : la mort qu’elle dispense ne dure que quelques années ou quelques décennies. L’enfermement carcéral va rarement jusqu’au bout de sa logique, ne serait-ce que parce que la société doit bien reconnaitre une échelle des peines qui corresponde à sa propre échelle de valeur. […]

Donc les prisonniers sortent. L’incarcération les aura, au moins, « énervés ». Aucune personne censé ne peut supporter l’idée de vivre avec des gens qu’on a sciemment rendu angoissés, violents en rage. Ainsi la prison non seulement ne protège pas les « braves gens » des malfaiteurs, mais déverse quotidiennement dans la société non incarcérée des délinquants étiquetés comme tels et provoqués comme tels. Il est absolument faux que la prison sécurise qui que ce soit. Le bien-être qui résulte parfois de son existence dans l’esprit de quelques-un ne correspond nullement à un  désir de sécurité mais de vengeance. Ce que ceux-là veulent, ce n’est pas la prison mais une punition et c’est pourquoi ils ne s’opposent nullement à l’abolition des prisons pourvu seulement que celles-ci soient remplacées par autre chose de « mieux »

L’opinion publique n’existe pas, elle ne recouvre que les forces de pression dont les médias se font l’écho […]

[…] Nul doute que le questionnement sur le bien-fondé de la prison n’ait en cette dernière décennie, été largement diffusé tant parmi les « spécialistes » (criminologue, sociologue, éducateurs, psychologues) que parmi leur relais habituels (journalistes et politiciens).

[…]

Les réformistes, qu’ils soient mus par la simple rentabilité ou par es raisons dites humanitaires, ont en commun d’être modernes. Le réformisme est ce qui permet à la prison de durer. Rendre la prison plus vivable, signifie la rendre mieux adaptée. Pas mieux adapté aux gens d’ailleurs, mais mieux adaptée à une époque. LA modernisation de la punition ne peut se faire que parce que des âmes charitables et des esprits éclairés se donnent la peine de réfléchir à une façon moderne de punir.

 

 

Extrait d’une brochure trouvée dans le sud de la France…diffusant des textes du mouvement abolitionniste de la fin des années 70 en France. (1)