Déclaration de Claudia et Stefano
Nous nous trouvons face à vous pour être jugés. Coupables ou innocents ? Mais quelle est l’accusation contre nous ? Dans les milliers de pages que la procureur a produit on trouve vingt ans d’histoire de la lutte anarchiste en Italie et pas seulement. On parle de faits spécifiques pour donner un peu de valeurs aux suppositions et aux conjectures, mais cette montagne de papiers, en réalité, de quoi veut-elle nous convaincre ? Elle veut nous convaincre que nous sommes anarchistes. Que nous n’acceptons pas passivement le système qui nous gouverne, l’inévitabilité de la domination de l’homme sur l’homme et de l’homme sur la nature. Elle vous demande de condamner l’amour qui unit des êtres humains liés par le même mépris pour l’autorité et qui partagent l’implacable désir de liberté. Si c’est pour cela que nous sommes ici, mettons tout de suite fin à cette farce avant qu’elle ne commence. Nous sommes coupables.
Nous sommes coupables d’être conscients que le régime démocratique n’est pas autre chose que l’impitoyable suprématie des plus forts sur les plus faibles, régime qui se renforce en pulvérisant des particules de pouvoir pour satisfaire l’ego de tout être humain éduqué à la recherche du privilège, dans l’aplatissement des attitudes individuelles, en cherchant protection dans le consensus des masses.
Nous sommes coupables de ne pas accepter ces conditions, de ne pas vouloir participer à la distribution de ces pastilles de pouvoir, de ne pas vouloir vivre sur le sang et la sueur de ceux qui subissent une condition moins avantageuse que la nôtre. Cela ne signifie pas que nous nous laissons confiner dans un coin, dévoués au sacrifice pour vivre au côté des plus faibles. Nous vivons pour nous-mêmes, pour satisfaire pleinement nos exigences sans attendre ou demander la permission, luttant contre tout ce qui nous en empêche. Nous ne rêvons pas d’une révolution mais nous alimentons la révolte perpétuelle contre tout contrainte, transgressant nos limites et celles qui nous sont imposées.
Il y a quelques jours notre fils étaient en train d’étudier à l’école quelque chose que l’on appelle « éducation civique », et répétait à voix haute les principes de la constitution qui garantissent la liberté de parole et d’expression etc. Tout en l’ayant jeté consciemment dans le ventre de la bête en le confrontant à l’instruction publique, le confiant à son intelligence et à l’esprit critique qu’il sera capable de développer, je n’ai pas pu me retenir d’intervenir en lui expliquant que tout ceci est un mensonge, que les lois sont dictées par ceux qui les conçoivent pour maintenir leur pouvoir et qu’il n’est pas vrai que chacun peut exprimer son opinion, parce que si cette opinion leur fait obstacle ceux qui l’expriment seront écrasés, comme cela arrive à sa mère et à son père.
Pour cette raison, pour que ce mensonge ne soit pas perpétré, nous continuerons à lutter à tête haute pour que les générations futures puissent avoir une lecture différente de la réalité et qu’ils ne restent pas otages d’une vérité intéressée.
Nous avons décidé de lire ce document pour vous mettre face à la responsabilité de défendre l’hypocrisie de la constitution sur laquelle vous avez prêté serment. Nous voulons que vous voyiez la main du monstre qui vous caresse la tête comme de fidèles toutous chaque fois que vous vous regardez dans le miroir. Nous ne voulons pas vous donner la possibilité de vous cacher derrière le principe de justice putride et corrompu qui fait de vous des inquisiteurs.
Le fait que soit refusé à nos compagnons de se présenter physiquement dans la salle, que soit ainsi annulé le principe de participation à la défense, garantie par le droit qui soutient le bobard démocratique, est l’énième démonstration du caractère factieux de l’utilisation de la légalité. Par-dessus-tout, pour cette raison nous ne participerons plus à cette farce, désertant les audiences et confiant la défense technique aux avocats cherchant à faire émerger autant que possible les contradictions qui soutiennent ce système, sans justifier notre être et sans revendiquer des miettes de démocratie.
C’est comme ça que nous avons décidé de combattre enfermés dans les frontières de votre loi. En dehors de ces frontières c’est toujours nous qui décidons comment et quand combattre.
Le bon Proc’ Sparagna, champion de la lutte contre la mafia ou chien qui mort la main du patron qui lui donne une miche de pain, a pensé pouvoir combattre les anarchistes comme les mafieux sans se rendre compte que ce qui nous distingue est quelque chose qui va bien au-delà de sa misérable conception de l’existence et de la solidarité. Il pourra donc tenter d’utiliser lâchement le vécu de chacun de nous pour chercher des failles dans lesquelles s’insinuer, mais jamais il n’y arrivera.
Honneur et amour démesuré pour nos sœurs et nos frères otages de L’État.
Ardents défenseurs de la justice : ce qui est à nous ne sera jamais votre, pas même après des années où vous continuerez à espionner et à étudier nos vies.
Coupables d’aimer sans conditions.
Coupables de haïr en toute conscience.
Claudia et Stefano
Toutes les déclarations sont disponibles en français ici : https://attaque.noblogs.org/post/2017/11/25/italie-proces-scripta-manent-declarations-des-inculpes/