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Le gouvernement Italien projette de créer une maxi-prison de 1 200 places à Nola (province de Naples), dans une zone éloignée du centre ville rendant la prison toujours plus « imperméable » et plus contraignante pour les proches des personnes incarcéré.e.s, et rendant quasi impossible le régime de semi-détention. Compte tenu des indices actuels de surpeuplement, la prison pourrait atteindre le seuil des 2 000 détenus… Il s’agit du troisième pôle dans le grand Naples, après Secondigliano et Poggioreale.
Pendant ce temps, le nombre de détenus en Italie continue d’augmenter: 52 000 à fin 2015,  54 653 fin 2016 et en avril 2017 : 56 436. Plus de 6 000 personnes de plus que la capacité maximale, selon les données officielles. En réalité, la situation est pire car au moins cinq mille cellules en Italie sont « inutilisables »Le pays ayant été été condamné en 2013 pour les conditions « inhumaines » (la détention en soi ayant un caractère inhumain) des prisons. Le nombre de détenus a chuté, de manière drastique, principalement grâce à des mesures temporaires, il recommence maintenant à augmenter.
La prison de Nola était prévue dans le plan du gouvernement Berlusconi qui visait, il y a dix ans, à résoudre le problème du surpeuplement avec 20 000 nouvelles places à réaliser avec la somme assommante de 1,5 milliard d’euros. La soif de sécurité, au cœur de la campagne électorale à venir, a été l’une des principales raisons d’agir du gouvernement actuel. Le « Daspo urbain », (mesure à la base créé pour l’interdiction d’accès aux manifestations sportives) a également généré tout un tas de mesures préventives (contrôle judiciaire, surveillance spéciale, ou interdiction de territoire) sur la base de la dangerosité présumée du sujet et non sur la perpétration d’une action. Le ministre de la justice a aussi récemment mis en place une augmentation des peines pour les faits « d’atteinte à la propriété » comme le vol ou  les effractions avec pour conséquence une augmentation massive des mises en détentions provisoires.

Pour l’architecte Luca Zevi qui a coordonnée les tables rondes autour de ce projet, le projet actuel est certainement mieux que celui de départ : De manière générale, cela nous permet permet d’aller vers quelque chose de « moins pire » (que ce qui était prévu…). 

Une prison énorme avec les coûts de gestion appétissants

La situation géographique de la prison, à proximité des artères A30 Caserta-Salerno facilitera les transferts des détenus des tribunaux, en particulier vers Aversa Napoli-Nord, de plus en plus actif pour le traitement des litiges pénaux campaniens. La situation géographique de la prison rendra également quasi impossible l’activité des détenus «sortants». Construire une institution dans un tel endroit signifie donc garder les gens dans une dimension suspendue où il n’y a rien dehors et rien à l’intérieur.

En outre, dans le pays, l’utilisation de l’article 41bis prévu pour les chefs mafieux et les personnes condamnées pour terrorisme permet un régime carcéral strict avec un isolement presque total, l’interdiction d’obtenir revues, livres et journaux de l’extérieur, l’impossibilité d’avoir des contacts physique avec les visiteurs. Il s’agissait au départ d’un régime de  « protection » pour les repentis et les collabos qui a ensuite été élargis à d’autres. Cette norme législative avait été introduite suite à l’assassinat du juge antimafia Giovanni Falcone et avait à la base un caractère temporaire, elle a ensuite été plusieurs fois prorogée jusqu’à son inscription dans le code pénal.