Chaque fois que je crie: «À bas les flics! Démolissons les prisons!» Toujours ils me répondent: «Mais nous serons accablés par le crime, par le meurtre! Comment éviterez-vous que le monde ne dégénère en orgie de violence?»

Chaque fois que je crie: «Abolissons le travail! Fini l’esclavage salarié!» Toujours ils me répondent: «Mais nous devons manger! Nous vêtir! Comment éviterez-vous que les paresseux et les profiteurs ne deviennent rois?»

Chaque fois que je crie: «À bas la propriété! Brûlons tout l’argent!» Toujours ils me répondent: «Mais nous serons tous pauvres! Comment pourrons-nous espérer être libre si nous ne pouvons jouir de nos biens?»

Chaque fois que je crie: «Mort aux armées! À bas les frontières!» Toujours ils me répondent: «Mais nous serons envahis par les barbares! Comment éviterez-vous que les terroristes viennent nous voler notre terre et notre pain?»

Puisque, de toute évidence, nous vivons déjà dans un monde dont l’équilibre repose sur la violence entretenue où les rois, les maîtres et les profiteurs sont indiscernables

Puisqu’il est flagrant que nous ne pouvons espérer jouir sans entraves de notre vie de notre terre et de notre pain dans ce monde morbide intolérable

Je cesse de crier (car on n’entend jamais celles qui parlent haut et fort) et je leur demande tout doucement: «Comment ferons-nous alors pour vivre libres, en paix, sans violence sans massacres et sans viols?»

La plupart d’entre eux me répondent: «C’est impossible, le mal fait partie de la nature il y aura toujours des pauvres, des pervers, des fous. Nous sommes condamnés à souffrir et à vivre dans la peur.» Ceux-là s’attendent au pire et sont rarement déçus car le présent éternel est toujours à la hauteur de leur désespérance

D’autres – plus inquiets, plus indignés – me répondent: «Il faut plus de surveillance, plus de caméras plus de patrouilles et de contrôles, des cartes d’identité anthropométriques, des hélicoptères aux postes de douanes, des chiens renifleurs dans les aéroports, des camps de travail dans le nord pour les oisifs, des ghettos dans le sud pour les clandestins, des puces électroniques sous la peau des délinquants, des castrations chimiques pour les pédophiles, la prison à vie pour les meurtriers de onze ans, tous les autres au bout d’une corde, près un procès juste et équitable, un agent posté au coin de chaque rue et le paradis à la fin de nos jours»

Ceux-là ne peuvent penser que selon les termes de la société actuelle faite de dominations et d’oppressions de sang, de pleurs et de larmes

Ceux-là désirent un maître et non seulement vont-ils l’avoir mais il essaieront à coup sûr de l’imposer à notre corps défendant.

Anne Archet

Repris du blog https://flegmatique.net